La musique au XXe siècle : tendances, écoles et ruptures

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

Atonalité, Sprechgesang, néoclassicisme : cartographie du répertoire moderne pour chanteurs confrontés au XXe en concours et masterclass.

Source Jean Mislin · Musicologue, organiste et chef de choeurs · professeur d'Adeline Toniutti Dans le cadre des recherches d'Adeline Toniutti

Qu'est-ce que la musique du XXe siècle ?

La musique du XXe siècle n'est plus un seul système tonal partagé, mais une pluralité de langages. Après l'essoufflement du tempérament égal et du chromatisme romantique, les compositeurs renouvellent l'écriture par les modes, le folklore, la polytonalité, l'atonalité, le dodécaphonisme, le néoclassicisme, puis les musiques électro-acoustiques. Pour le chanteur en concours ou en masterclass, l'enjeu est de cartographier ce répertoire moderne (Sprechgesang, hauteurs non tonales, rythme stravinskien) en gardant un geste vocal sain, de Pierrot lunaire au Sacre et aux oratorios du Groupe des Six.

Fin du système tonal et voies de renouvellement

Jusqu'au XVIIIe siècle, le tempérament inégal limitait les modulations. Le tempérament égal (théorisé par Werckmeister en 1691, illustré par Bach dans le Clavier bien tempéré) ouvre toutes les tonalités. Au XIXe, le chromatisme (septièmes diminuées, modulations éloignées, notes non résolues) rend la tonalité fluctuante : Liszt écrit une Bagatelle sans tonalité.

Au début du XXe siècle, le système tempéré semble s'essouffler. Les compositeurs choisissent plusieurs voies : retour aux modes anciens (école Niedermeyer, compositeurs français) ; folklore et modes exotiques (Bartók) ; gamme par tons (Debussy) ; modes à transposition limitée (Messiaen) ; polytonalité (Milhaud, Honegger, Roussel, Stravinsky) ; néoclassicisme ; généralisation du chromatisme vers l'atonalité (Schoenberg, Berg, Webern ; Seconde école de Vienne). L'atonalité refuse un pôle tonal : rupture radicale, même si elle prolonge l'évolution historique.

École de Vienne : atonalité et dodécaphonisme

Après une première période wagnérienne, Arnold Schoenberg (1874-1951) prend le chemin de l'atonalité dès 1908 dans le Deuxième quatuor à cordes et voix (deux derniers mouvements). En 1912, Pierrot lunaire marque une date capitale : il y expérimente le Sprechgesang (chant parlé) et adapte l'écriture atonale à des formes anciennes (lied, valse, barcarolle, fugue, passacaille).

Jusqu'en 1923, Schoenberg compose peu et élabore une nouvelle technique. Dans la Valse des Cinq pièces pour piano op. 23, il applique la méthode des douze sons (dodécaphonisme). Ses élèves Webern (mélodie de timbre, formes traditionnelles malgré l'atonalité) et Berg (lié au post-romantisme ; opéra Wozzeck) forment avec lui la Seconde école de Vienne. Pour le chanteur, le Sprechgesang et les hauteurs non tonales demandent précision de hauteur, diction et relâchement laryngé, sans forcer pour « faire moderne ».

Stravinsky, le Sacre et les trois périodes

Igor Stravinsky (1882-1971), formé par Rimsky-Korsakov, est révélé par Diaghilev : L'Oiseau de feu (1909), Petrouchka (1910-11), puis le scandale du Sacre du printemps (1913). La période russe (1910-1919) privilégie rythme abrupt, accents déplacés, polytonalité (thème de Petrouchka en do majeur et fa dièse majeur), mélodies modales ou populaires.

La période néo-classique (1919-1951) commence avec Pulcinella (Pergolèse) : musique plus claire après la guerre, en écho à Cocteau et au Groupe des Six. Suivent Œdipus Rex, Apollon musagète, Symphonie de psaumes (1930), The Rake's Progress. Enfin, la période sérielle (1951-1971) s'inspire de Webern plus que de Schoenberg. Stravinsky apparaît comme « le miroir de son époque ». Vocalement, le Sacre et les Noces exigent rythme, endurance et placement stables : à travailler en et en cours de chant.

Debussy, Ravel et le Groupe des Six

Debussy (1862-1918) réagit au romantisme allemand par la juxtaposition de couleurs, les gammes exotiques et Pelléas et Mélisande. Ravel (1875-1937) profite de cette libération avec finesse néo-classique et influence espagnole.

Après 1918, sous l'impulsion de Satie (Parade, 1917) et de Cocteau (Le Coq et l'Arlequin), le Groupe des Six (étiquette d'Henri Collet, janvier 1920 dans Comœdia) réunit Milhaud, Auric, Poulenc, Honegger, Tailleferre et Durey. Réaction contre Wagner et l'impressionnisme ; goût du music-hall, du cirque et de la foire. Œuvres symboles : Le Bœuf sur le toit (Milhaud, 1920), Les Mariés de la Tour Eiffel (1921). Honegger compose Le Roi David (1921). Milhaud (1892-1974) place la polytonalité au centre, avec le Brésil et le jazz (La Création du monde, 1923).

Après 1950 et le chanteur d'aujourd'hui

Repères chronologiques

  • 1908-1912 : atonalité schoenbergienne ; Pierrot lunaire.
  • 1909-1913 : trilogie Diaghilev de Stravinsky ; scandale du Sacre.
  • 1920-1923 : Groupe des Six ; dodécaphonisme (op. 23).
  • 1948-1954 : musique concrète ; Domaine musical ; série généralisée.
  • 1951-1971 : Stravinsky sériel ; multiplicités après 1950.

FAQ

« La genèse directe de toute musique du XXe siècle, c'est le Tristan de Wagner. » - A. Goléa

Questions fréquentes sur la musique du XXe siècle

Quelles sont les grandes tendances de la musique au XXe siècle ?

Modes, folklore, polytonalité, atonalité et dodécaphonisme, néoclassicisme, puis électro-acoustique, série généralisée et formes ouvertes. On parle des musiques, non d'un seul style unifié.

Qu'est-ce que l'atonalité et le dodécaphonisme ?

L'atonalité refuse un pôle tonal (Schoenberg dès 1908). Le dodécaphonisme (dès 1923) organise les douze sons en série pour éviter la hiérarchie tonale.

Pourquoi le Sacre du printemps est-il central ?

Créé en 1913 pour les Ballets russes, le Sacre impose un rythme sauvage, des accents déplacés et une polytonalité qui bouleversent le public et marquent le siècle.

Qui compose le Groupe des Six ?

Milhaud, Auric, Poulenc, Honegger, Tailleferre et Durey, réunis par une étiquette de 1920 (Collet), autour de Satie et Cocteau, contre le romantisme wagnérien et l'impressionnisme.

Sources et citations

Repères et citations pour approfondir le sujet.

  • Jean Mislin : musicologue, organiste et chef de choeurs, professeur d'Adeline Toniutti. Notes utilisées dans le cadre des recherches d'Adeline Toniutti.
  • A. Goléa : « La genèse directe de toute musique du XXe siècle, c'est le Tristan de Wagner. »

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