Le Sacre du printemps

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

Rythme primitif et rupture de 1913 : contexte culturel du XXe siècle pour le chanteur et le pédagogue.

Source Jean Mislin · Musicologue, organiste et chef de choeurs · professeur d'Adeline Toniutti Dans le cadre des recherches d'Adeline Toniutti

Qu'est-ce que le Sacre du printemps de Stravinsky ?

Le Sacre du printemps est un ballet d'Igor Stravinsky (1882-1971), créé le 29 mai 1913 à Paris sous la direction de Pierre Monteux, sur une chorégraphie de Nijinsky et un argument coécrit avec le peintre-archéologue Nicolas Rœrich. Inspiré d'un grand rite païen russe, l'ouvrage marque une rupture rythmique et orchestrale du XXe siècle. Dans le parcours d'histoire de la musique, c'est d'abord un repère de culture : rythme primitif, scandale de 1913, style, pas un répertoire solo à chanter tel quel.

Composition, création et scandale (1913-1914)

Après L'Oiseau de feu, Stravinsky imagine une œuvre inspirée d'un grand rite païen : « les vieux sages, assis en cercle et observant la danse à la mort d'une jeune fille qu'ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps ». Il contacte Nicolas Rœrich, spécialiste des thèmes païens, qui devient l'auteur de l'argument. Diaghilev, enthousiaste, accepte le projet pour les Ballets Russes.

La création du 29 mai 1913 est l'un des plus grands scandales de l'histoire de la musique. Partisans et adversaires s'insultent ; il devient difficile d'entendre la musique que Monteux dirige imperturbablement jusqu'au bout. Florent Schmitt lance « Taisez-vous les grues du XVIe » ; Maurice Ravel s'exclame « Génie » ; la comtesse de Pourtalès proteste qu'on se moque d'elle. Debussy écrit à Caplet que le Sacre est « de la musique sauvage avec tout le confort moderne ». Le 5 avril 1914, la version de concert obtient un réel succès ; Stravinsky attribue l'échec de 1913 à la lourdeur de la chorégraphie de Nijinsky.

Argument : tableaux de la Russie païenne

Selon Claude Samuel, l'œuvre illustre le grand mythe païen selon lequel chaque année la montée de la sève au printemps exige le sacrifice d'une vierge. Deux grandes parties structurent le ballet.

Première partie, Adoration de la terre : Introduction ; Les augures printaniers ; Danse des adolescentes ; Jeu du rapt ; Rondes printanières ; Jeux des cités rivales ; Cortège du sage ; Le sage ; Danse de la terre.

Deuxième partie, Le Sacrifice : Introduction ; Cercle mystérieux des adolescentes ; Glorification de l'élue ; Évocation des ancêtres ; Action rituelle des ancêtres ; Danse sacrale (l'élue). Ce plan scénique, plus que tout air de bravoure, oriente l'écoute vers le rituel, le collectif et la pulsation, loin du modèle lyrique du romantisme.

Style : rythme, mélodie, harmonie, orchestration

Rythme : grande liberté. L'unité de base est presque toujours une valeur courte (croche ou double-croche) groupée de façon particulière ; les changements de mesure sont très fréquents. Accents déplacés et groupements irréguliers font du rythme une pulsation vitale, caractéristique de la période russe de Stravinsky (vers 1910-1919), aux côtés de L'Oiseau de feu et Petrouchka.

Mélodie : souvent d'une simplicité élémentaire, bâtie sur trois ou quatre degrés ; cellules répétées, parfois inspirées du folklore. Harmonie : pas d'atonalité, mais souvent polytonalité ; le cadre tonal est élargi et enrichi. Orchestration : les cordes cèdent la primauté aux vents et sont traitées de manière percutante ; l'orchestre propose des couleurs violemment tranchées, comparables aux peintres fauves (Matisse, Vlaminck). Dialogue naturel avec Debussy (contemporain du Sacre) et Bartók (rythme et folklore).

Repères chronologiques

  • 1909-1911 : L'Oiseau de feu puis Petrouchka pour les Ballets Russes de Diaghilev.
  • 1911-1913 : composition du Sacre avec Nicolas Rœrich ; projet accepté par Diaghilev.
  • 29 mai 1913 : création à Paris (Monteux, Nijinsky) ; scandale mémorable.
  • 5 avril 1914 : version de concert ; réel succès.
  • 1914-1919 : poursuite de la période russe (Les Noces, L'Histoire du soldat).
  • 1919 : bascule néoclassique avec Pulcinella.

Genre : ballet (tableaux de la Russie païenne). Compositeur : Igor Stravinsky. Argument : Nicolas Rœrich. Création scénique 1913, succès concert 1914.

FAQ sur le Sacre du printemps

Quand le Sacre du printemps a-t-il été créé ?

Le 29 mai 1913 à Paris, sous la direction de Pierre Monteux, chorégraphie de Nijinsky, pour les Ballets Russes de Diaghilev.

Pourquoi le Sacre a-t-il fait scandale ?

Son langage rythmique révolutionnaire, son rite païen et la chorégraphie de Nijinsky choquèrent une partie du public ; partisans et adversaires s'insultaient pendant la représentation.

Quel est l'argument du ballet ?

Un grand mythe païen : chaque année, le printemps exige le sacrifice d'une vierge. Deux parties, Adoration de la terre et Le Sacrifice, en tableaux de la Russie païenne.

Quelles sont les caractéristiques de style du Sacre ?

Rythme très libre (valeurs courtes, mesures changeantes), mélodies simples et répétitives, polytonalité plutôt qu'atonalité, orchestre percussif où les vents priment.

Pourquoi le Sacre compte-t-il pour les chanteurs et les pédagogues ?

Par la lecture de partition, le phrasé, l'intonation et le respect des styles historiques (baroque, classique, romantique, XXe siècle).

Sources et citations

Repères et citations pour approfondir le sujet.

  • Jean Mislin : musicologue, organiste et chef de choeurs, professeur d'Adeline Toniutti. Notes utilisées dans le cadre des recherches d'Adeline Toniutti.
  • Igor Stravinsky / Nicolas Rœrich / Serge Diaghilev : projet de rite païen après L'Oiseau de feu ; argument Rœrich ; création Ballets Russes le 29 mai 1913 (Monteux, Nijinsky).
  • Claude Samuel : formulation du mythe païen (sacrifice d'une vierge pour le printemps).
  • Claude Debussy (lettre à Caplet) : « musique sauvage avec tout le confort moderne ».

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