Chanter plus fort
CLINIQUE DE LA VOIX
Pas crier. Larynx = volant, côtes et obliques = accélérateur. Le son porte par l’appui et les espaces.
PAS CRIER
Le cri n’a pas de visée esthétique
Physiologiquement, chanter, c’est remplir les poumons, restituer l’air à l’expiration, accoler les cordes, produire un son. On pourrait rapprocher ça du cri. Dans la vie, on dit cri de joie, cri de douleur. Le cri n’a pas de visée esthétique.
Chanter plus fort, dans la méthode d’Adeline Toniutti, ce n’est pas crier plus fort. C’est prendre en main l’expiration, et laisser les cavités faire leur travail.
Adeline compare le larynx à un volant de voiture, les côtes et les obliques à des accélérateurs. On n’appuie pas sur le volant pour aller plus vite.
Le larynx est le volant. Les côtes et les obliques sont les accélérateurs.
LES LITRES
Ce n’est pas une question de litres
Lors d’un colloque avec le Pr Thomas Sinowski, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière, une démonstration a tenu ça à l’œil. Sa capacité vitale théorique était nettement supérieure, de l’ordre de cinq litres. Il n’a pas tenu une note aussi longtemps qu’Adeline. Le double de volume disponible ne compense pas l’absence d’un geste entraîné.
Dans la respiration courante, on inspire et expire environ 0,5 litre par cycle, six litres par minute. En respiration active, en tenant une note, on peut aller vers six litres. Avec l’entraînement, on peut augmenter la capacité vitale. Ce n’est pas ça qui fait porter le son.
L’inspiration « ventre qui pousse » ne constitue pas, à elle seule, la technique du chanteur. Le geste repose sur une synergie : ouverture et gestion des côtes, diaphragme, action dosée des obliques.
Face à une note qui fait peur, on gonfle. À la télévision, en interne, Adeline parle du cours « Everest vocal ». Elle a constaté qu’en demandant d’inspirer très petit, deux fois, très vite, comme pour humer un parfum de fleur, on trouvait plus rapidement le bon mouvement. Plus d’air n’est pas plus de son. Plus d’air mal tenu, c’est plus de pression sur un larynx qui n’a pas d’appui.


Illustrations © Emma Blanc-Tailleur, Anatomie du Chant, Adeline Toniutti
QUI POUSSE L’AIR
Les poumons reçoivent. Les muscles commandent.
Les poumons n’ont pas de muscle moteur. La ventilation, c’est le diaphragme, les intercostaux, et pour l’expiration active du chant, la sangle : transverse, obliques, grand droit.
Produire un son, c’est vider les poumons. On rapproche les côtes, on fait remonter le diaphragme, les abdominaux exercent une pression, l’air part vers le haut.
- Le transverse, le plus profond, augmente la pression et stabilise le tronc. On le sollicite surtout à l’expiration active.
- Les obliques contribuent à cette pression, et permettent la rotation du tronc.
- Le grand droit, la tablette de chocolat, gère la retenue du bombé de l’abdomen. C’est le moteur de l’expiration.
À l’inspiration, les intercostaux externes s’activent, le sternum remonte, les côtes s’écartent, le diaphragme descend comme un parapluie. À l’expiration, les côtes se rapprochent. Jean-Marie Legé : quand un plan se contracte, il resserre les côtes ; quand l’autre se contracte, il les ouvre.
L’enjeu du chanteur : optimiser l’inspiration, dompter l’expiration. Au moment d’un aigu, ou d’un forté, la plupart des gens relâchent la pression costale. Les côtes flottantes se rouvrent. Il faut maintenir cette pression, si le mouvement laryngé est le bon.


Illustrations © Emma Blanc-Tailleur, Anatomie du Chant, Adeline Toniutti
LE HAMAC
Le larynx n’oriente. Il ne force pas.
« Descends ton larynx » ne fait pas un son plus grand. Ça déséquilibre l’organe. On constate une amélioration quand le mouvement laryngé va dans le sens de l’air expiré, vers le haut. Sans le bloquer en haut. Mouvements souples, soutenus par la respiration.
Le larynx est suspendu dans la gorge comme un hamac. La posture entretient cette suspension.

Illustration © Emma Blanc-Tailleur, Anatomie du Chant, Adeline Toniutti
Nuque allongée, menton légèrement incliné, pas calé dans la poitrine. Épaules libres : les bloquer en bas ou en arrière empêche les intercostaux de lancer l’inspiration. Bassin rétroversé et buste allongé, sinon la chaîne antérieure s’affaisse et les abdominaux n’arrivent pas à leur potentiel.

Illustration © Emma Blanc-Tailleur, Anatomie du Chant, Adeline Toniutti
LES ESPACES
Les cavités, pas le cou
Le son est la rencontre de l’air et des cordes. L’onde se colore ensuite au contact des membranes et des cavités. Faire résonner, c’est le quatrième point pivot : libérer ces cavités pour la projection et le timbre.
Le twang, qu’Adeline enseigne depuis des années à partir des cinq points pivots, et qu’elle appelle en interne « chanter à l’américaine », augmente la puissance perçue sans demander un effort respiratoire supplémentaire. On agit sur le conduit, pas sur la source. Le voile du palais est relevé. Ce n’est pas un son nasal. Nasaliser en croyant twanger, voile baissé, larynx qui descend : c’est la contrefaçon, et elle met les cordes en danger.

Représentation anatomique du twang : rétrécissement du sphincter aryépiglottique
Dr Marie Mailly : le twang amplifie les fréquences aiguës, le formant du chanteur. La littérature décrit un pavillon inversé : étroit en bas, plus ouvert en haut.
La recherche du twang en musique contemporaine s’apparente à la recherche du masque et de la projection à l’opéra. On cherche du son, avec moins d’efforts.
Le belting, dans la méthode, n’est pas un cri. C’est garder le mécanisme 1 (voix de poitrine) le plus haut possible. Pression d’air sous-glottique augmentée par la sangle, résistance laryngée plus élevée, resserrement vestibulaire modéré. Dr Bruno Coulombeau : en belting, resserrement vestibulaire modéré ; en voix mixte ou de tête, très peu de resserrement.


Illustrations © Emma Blanc-Tailleur, Anatomie du Chant, Adeline Toniutti
S’ENTENDRE
Ne pas chercher à s’entendre
Quand on chante fort, le réflexe stapédien protège l’oreille interne contre les sons très intenses, généralement aigus. Vos oreilles vous protègent.
Forcer pour s’entendre soi-même, c’est lutter contre ce réflexe. Un son qui vous paraît déjà énorme peut encore manquer de portée dehors, ou l’inverse : un son qui vous paraît fin porte, si les cavités travaillent.
Sur l’aigu, la méthode le dit : le son vous paraît toujours fin, sauf si vous êtes très sonorisé. Trois critères pour un aigu sain : les autres le trouvent beau ; il vous paraît fin ; pas d’inconfort après.
EN PRATIQUE
Quatre appuis
1. Humer une fleur
Bouche fermée. Mains sur les côtes flottantes. Sentir l’ouverture. Pas les épaules. Pas un Everest.
2. Tenir les côtes à l’expiration
Sternum qui redescend, côtes qui se rapprochent, obliques qui travaillent. Si le cou durcit et que les côtes s’ouvrent, on a lâché l’accélérateur et tordu le volant.
3. Vérifier le hamac
Mains autour du larynx, ou pouces sous la mandibule. La langue s’éloigne des doigts. Le larynx n’est pas enfoncé dans la fourchette sternale.
4. Choisir l’espace, pas la poussée
Lyrique : voyelles homogènes, projection au-dessus de l’orchestre. Contemporain : twang vrai (voile relevé), enseigné à partir des cinq points pivots. Micro : on donne le noyau du son, on ne crie pas dans la capsule.
Ces exercices se font avec les cinq points pivots. Pathologie aux cordes : avis du spécialiste.
CALYP
Travailler la portée au CALYP
La méthode est dans Anatomie du Chant (Marabout, 2024). Pour la travailler avec l’équipe : prenez rendez-vous.
Questions fréquentes
Chanter plus fort, c’est pousser ?
Non. Le larynx oriente (volant). Les côtes et les obliques accélèrent. Pousser du cou, c’est tordre le volant.
Faut-il prendre beaucoup d’air pour porter ?
Non. Une grande prise d’air mal tenue met de la pression sur un larynx sans appui. Adeline demande souvent d’inspirer très petit, deux fois, comme pour humer une fleur.
Le twang, c’est nasal ?
Non. Le vrai twang, enseigné à partir des cinq points pivots, se fait voile relevé. Nasaliser le son est la contrefaçon, et elle met les cordes en danger.
Pourquoi je ne m’entends pas quand je chante fort ?
Le réflexe stapédien protège l’oreille interne. Un son qui vous paraît fin peut porter dehors si les cavités travaillent.