La posture du chanteur

POINT PIVOT 1

La posture est la première chose que l'on oublie. Or, si elle n'est pas bonne, c'est la première chose qui va dégrader la qualité du geste vocal.

MA MÉTHODE EN 5 POINTS PIVOTS

Soignez votre posture

« Ta tête ! » « Ton bassin ! » « Ne monte pas la tête pour regarder le ciel ! » Ces phrases résonnent dans la salle de cours d'Adeline Toniutti comme des ordres presque divins. Elle explique la bonne posture à chaque chanteur, et le chanteur répond : « facile, j'ai compris ».

On a beau la comprendre aisément, la posture est la première chose que l'on oublie, trop occupé à penser à ses notes ou à son stress. Or, si la posture n'est pas bonne, c'est la première chose qui va dégrader la qualité du geste vocal.

Le corps est notre instrument.

CHERCHER LE BON ÉQUILIBRE

Chercher le bon équilibre

La posture influence la suspension laryngée, la respiration et la rapidité de « prise en main » des muscles abdominaux, qui sont des atouts majeurs du geste chanté. Avoir une bonne posture, c'est à la fois une manière d'orienter ses os, mais aussi une nouvelle manière d'étirer ses fascias, ces membranes qui enveloppent et maintiennent les groupes de muscles et certains organes, pour obtenir une réponse musculaire correspondant à ce que l'on va demander au corps : chanter.

Cultiver une bonne posture, c'est s'assurer que sont bien connus :

  • Le positionnement et l'orientation de la nuque.
  • La relation des épaules avec le mouvement thoracique.
  • La rétroversion du bassin en relation avec l'allongement du buste.
Squelette de face annoté : sternum, douze paires de côtes et bassin
Vue antérieure : sternum, douze paires de côtes, bassin
Colonne vertébrale segmentée par régions : cervicales, thoraciques, lombaires, sacrées, coccygiennes
Vue latérale : la colonne vertébrale région par région

Illustrations © Emma Blanc-Tailleur, Anatomie du Chant, Adeline Toniutti

Pour les chanteurs présentant une scoliose ou d'autres problèmes liés à la colonne vertébrale, la pratique s'adapte en fonction des aptitudes de chacun, accompagné par un spécialiste, afin de trouver son équilibre et de favoriser le geste vocal.

Comme le dit l'ostéopathe Jean-Marie Legé, dont le regard nourrit la méthode : il faut « chercher un équilibre dynamique dans le déséquilibre ».

PREMIER APPUI

Allonger la nuque

Pour bien positionner et orienter la nuque, on cherche à l'« allonger ». Il s'agit d'étirer l'arrière du cou et d'incliner légèrement le menton vers le bas, de manière à favoriser la suspension laryngée. On ressent alors que la chaîne cervicale postérieure est plus longue que la partie antérieure du cou. Une des professeures australiennes d'Adeline Toniutti lui disait d'imaginer des nuages d'oxygène entre les cervicales pour obtenir une belle suspension laryngée.

En baissant légèrement le menton, on facilite et on assouplit la déglutition : avaler sa salive devient plus facile. L'objectif est de trouver un point d'équilibre au niveau de la position de la tête, ni trop en avant ni trop en arrière.

On entend parfois le conseil de mettre « le menton dans la poitrine ». Cet angle n'est pourtant pas optimal : bien qu'il permette la déglutition, il ne permet pas au larynx de réaliser l'intégralité de son mouvement. Il ne faut surtout pas bloquer le menton, ni vers l'avant ni vers l'arrière.

Squelette de profil : allongement de la nuque et rétroversion du bassin
Vue latérale : l'allongement de la nuque et la rétroversion du bassin

Illustration © Emma Blanc-Tailleur, Anatomie du Chant, Adeline Toniutti

Jean-Marie Legé, ostéopathe : « La deuxième cervicale, axis, a une action tendino-musculaire sur la langue. J'ai constaté que quand la première cervicale, atlas, est en glissement latéral, la voix du patient est "voilée" et fatigable. »

Si on positionne mal sa tête, si on souffre d'un torticolis ou de contractures, les répercussions sur la performance vocale peuvent être mauvaises. À l'inverse, un beau travail de libération des cervicales et des mouvements de la tête et du cou donne des résultats favorables sur l'émission du son et sur la technique vocale. Une astuce : attaquer le son en bougeant la tête latéralement, comme si on disait non, libère les premières cervicales et la suspension laryngée, en faisant attention à ne surtout pas durcir la nuque.

EXERCICE

Les mains croisées derrière la tête

Objectif : améliorer la suspension laryngée.

  • Croisez les mains derrière votre tête, à la base du crâne, au niveau de l'occiput.
  • Créez une résistance entre l'action de vos mains et votre tête.
  • La pression exercée va vous permettre d'actionner vos muscles du cou et de la sangle abdominale. En gardant la tête dans l'axe, vous prenez en main votre posture pour allonger votre nuque et votre buste, et ainsi améliorer la suspension laryngée.

DEUXIÈME APPUI

Libérer les épaules

En libérant les articulations des épaules, on libère les mouvements des muscles intercostaux, et on enclenche donc librement la respiration. Les épaules sont intimement reliées aux mouvements respiratoires.

Si on les bloque vers le bas, ou en arrière, on empêche les muscles intercostaux de lancer l'inspiration. Il en résulte à la fois que les poumons ne peuvent pas bien se remplir, et que l'on crée des tensions parasites sur la suspension laryngée.

Ceinture scapulaire de face : omoplates et clavicules
Vue antérieure de la ceinture scapulaire : omoplates et clavicules

Illustration © Emma Blanc-Tailleur, Anatomie du Chant, Adeline Toniutti

EXERCICE

Chanter en libérant les épaules

Objectif : libérer la suspension laryngée.

  • Installez votre haut du corps comme une danseuse en première position.
  • Puis montez les épaules avec les mains en nid pour libérer la clavicule, en veillant à ne pas les bloquer en arrière. Et vous chantez.
  • Cet exercice redonne du mouvement à vos épaules afin de les libérer. Car chanter avec les épaules bloquées en bas réduit l'amplitude des mouvements respiratoires.

Cet exercice doit être réalisé en respectant les cinq points pivots. Si vous êtes atteint d'une pathologie aux cordes vocales, prenez l'avis de votre spécialiste.

TROISIÈME APPUI

Rétroverser le bassin

La rétroversion du bassin et l'allongement du buste fonctionnent en deux actions simultanées pour équilibrer la posture. C'est une synergie favorable : lorsque l'on rétroverse le bassin, il est important d'allonger son buste pour étirer les muscles abdominaux et tenir sa colonne d'air. Sans allongement du buste, il y a un affaissement sur la chaîne antérieure, et les muscles abdominaux ne peuvent pas s'activer à leur plein potentiel.

Bassin de profil : rétroversion du bassin en synergie avec l'allongement du buste
Vue latérale : la rétroversion du bassin en synergie avec l'allongement du buste

Illustration © Emma Blanc-Tailleur, Anatomie du Chant, Adeline Toniutti

La rétroversion du bassin doit s'accompagner d'une mise en action maîtrisée des muscles abdominaux. En allongeant la chaîne postérieure, vous étirez les muscles paravertébraux qui vont faciliter la suspension laryngée, vous libérez la chaîne antérieure et vous permettez à vos muscles abdominaux de s'activer.

Au niveau de la chaîne antérieure, la rétroversion du bassin et l'allongement du buste vont donner un meilleur point d'appui corporel, et vont offrir plus d'amplitude et de réactivité au mouvement diaphragmatique.

Résultat : vous optimisez la réactivité et vous avez une meilleure prise en main de l'expiration.

À SAVOIR

On est fait pour bouger en chantant

Le corps peut effectuer presque tous les types de mouvements, tant que les muscles abdominaux sont mis en jeu et que l'on surveille l'orientation de sa nuque. Les chanteurs d'opéra sont même capables de chanter en position fœtale : cela exige bien sûr une grande maîtrise, mais avec l'expérience et la technique, le champ des possibles est vaste.

Certains mouvements ne sont toutefois pas recommandés, comme bloquer sa tête en haut ou en bas, de même que chanter en faisant le poirier, car ils entravent la suspension laryngée de manière trop importante.

Questions fréquentes

Pourquoi la posture est-elle si importante pour chanter ?

La posture influence la suspension laryngée, la respiration et la rapidité de prise en main des muscles abdominaux. C'est aussi la première chose que l'on oublie, trop occupé à penser à ses notes ou à son stress. Or, si elle n'est pas bonne, c'est la première chose qui dégrade la qualité du geste vocal.

Faut-il mettre le menton dans la poitrine pour chanter ?

Non. Cet angle n'est pas optimal : bien qu'il permette la déglutition, il ne permet pas au larynx de réaliser l'intégralité de son mouvement. Il s'agit plutôt d'allonger la nuque, en étirant l'arrière du cou et en inclinant légèrement le menton vers le bas, sans jamais le bloquer ni vers l'avant ni vers l'arrière.

Qu'est-ce que la rétroversion du bassin en chant ?

La rétroversion du bassin et l'allongement du buste fonctionnent en deux actions simultanées. En allongeant la chaîne postérieure, vous étirez les muscles paravertébraux qui facilitent la suspension laryngée, et vous permettez à vos muscles abdominaux de s'activer. Le résultat est un meilleur point d'appui corporel et plus d'amplitude pour le mouvement diaphragmatique.

Peut-on chanter en bougeant ?

Oui. Le corps peut effectuer presque tous les types de mouvements, tant que les muscles abdominaux sont mis en jeu et que l'on surveille l'orientation de sa nuque. Certains mouvements restent déconseillés, comme bloquer sa tête en haut ou en bas, car ils entravent trop la suspension laryngée.