
La timidité, oser chanter
Clinique de la voix
Adeline Toniutti était timide enfant. Elle aide aujourd'hui celles et ceux qui veulent quitter cette protection et chanter devant les autres.
Quitter la timidité
« Pour moi, faire chanter des grandes stars et préparer des artistes à gagner des castings est un grand honneur, mais aider une personne qui décide d'aller exprimer son intime, l'intérieur de lui-même, avec son histoire à travers le chant, et l'aider à passer le cap de quitter la timidité pour enfin s'exprimer devant les autres, est aussi un grand honneur et un grand plaisir. »
Adeline Toniutti
professeure de chant
Delphine n'avait jamais pris de cours de chant. Elle a connu Adeline à la Star Academy. Si elle devait se lancer, ce serait avec elle.
« J'ai jamais osé. Mais si je dois me lancer, c'est avec elle. »
Delphine
masterclass CALYP
« Je sais que ça va être un gros challenge pour moi, parce qu'il va falloir que je vainque ma timidité. »
Delphine
masterclass CALYP
Thioro est venue de Suisse pour la même chose : une voix trop intime, des peurs à enlever.
« La voix est très intime et je me développe à ses côtés. J'ai pu déployer et enlever toutes mes peurs, mes craintes, mes limitations. »
Thioro
Une voix qui convoque l'intime
Sophie, originaire de Suisse, habitant Paris, est passée par les cours puis par le stage.
« La masterclass, c'est un moyen de s'améliorer de façon très rapide, sur très peu de temps, et de pousser ses limites au plus loin. »
Sophie
masterclass CALYP
Les sept premiers pas
« Moi-même, j'étais timide enfant, je n'avais pas confiance en moi, et finalement ma timidité s'est transformée en stress avec du travail. J'avais le pied qui tremblait en montant sur un plateau pendant les sept premiers pas, quand je chantais Eurydice dans Orphée aux enfers. Mon talon devenait de plus en plus un pied de plomb, comme un soldat qui partait dans une guerre, mais une guerre de lumière, pour donner tout ce que j'avais à l'intérieur de moi et transcender tout ce qui m'habitait : mes peurs, l'amour que j'avais, tous les trésors. Cette timidité n'était qu'un marqueur de la beauté que je pouvais avoir à l'intérieur de moi et que j'avais peur de donner au monde. »
Adeline Toniutti
professeure de chant
Ce pas, elle le voit aussi chez celles qu'on croit nées pour la scène.
« Des très grandes stars comme Mylène Farmer se qualifient de timides. On a du mal à y croire quand on voit qu'elle arrive à chanter devant tout le Stade de France. Comme quoi, entre la timidité et le fait de monter en scène il y a un chemin à emprunter pour le plus beau des cadeaux : la rencontre avec le public, la rencontre avec soi-même à travers l'autre. J'aime être cette personne qui aide l'artiste à nous inviter à entendre ce qui est à l'intérieur de lui. Souvent, les personnes timides ont beaucoup de choses à raconter. »
Adeline Toniutti
professeure de chant
Ils ont tort
« Certaines personnes prennent la timidité pour une faiblesse. Ils ont tort. Les timides connaissent très bien le monde, s'en méfient un peu et ont peur de se livrer. Mais quand ils arrivent à avoir assez de confiance en eux pour passer cette barrière et s'exprimer, leurs émotions ont de belles choses à raconter, et ça en fait des gens extrêmement forts et extrêmement lumineux. »
Adeline Toniutti
professeure de chant
« Peut-être que quand on est timide, on se rend compte de la dangerosité du monde. Quelquefois, la timidité est une protection de l'autre, parce que l'autre n'a pas toujours été fiable et bienveillant. »
Adeline Toniutti
professeure de chant
« Je comprends qu'avec cette société, cette époque dans laquelle tout est critiqué, tout est filmé, tout est entendu, tout est retenu, on ait encore plus peur de s'exposer en chantant. Cette quête de liberté est pour moi très importante. Je crée un cadre au sein de mon studio et de mes équipes pour que chacun puisse raconter son histoire en chantant en toute sécurité, et que le passage vers moi soit un passage qui renforce la confiance en soi, pour comprendre que cette timidité n'était qu'une protection d'un monde bien trop agité. »
Adeline Toniutti
professeure de chant
On parle moins de timidité que de personnes introverties. Qu'on soit intra ou extra, dit-elle, on a en nous une certaine démesure, un excès à équilibrer ou à mettre en valeur.
« Je considère que c'est aussi mon rôle d'accompagner les enfants qui souffrent de timidité, ou les adultes, de les aider à se révéler en sécurité et à faire de ce qu'ils pensent un pépin ou un défaut, simplement une pépite, ou de temps en temps un excès. »
Adeline Toniutti
professeure de chant
Rien de plus intime
Il n'y a rien de plus intime que l'expression vocale et donc que la prise de parole en public. La voix est un peu la personnification de tout notre être. Des personnes viennent la voir parce qu'elles ont entendu une phrase désobligeante sur leur voix. L'excès d'aigu, le tremblement, le zozotement se règlent par un travail du geste. Il est difficile d'imaginer la souffrance que quelqu'un peut ressentir quand sa voix n'est pas à son image. Une aspérité assumée, portée par le corps, devient une signature. La même aspérité, dès qu'elle devient honteuse, devient un défaut. La honte fait le silence.
« Avant d'être conçu, on a déjà été parlé par nos ascendants, sans qu'ils le sachent. On a déjà été mis à une place. »
Dr Jean Charmoille
psychiatre et psychanalyste
« Tout comme la timidité, certains symptômes interviennent quand on a peur. Peur de l'autre, peur de s'exposer. On peut se mettre à bégayer, perdre ses mots, sa mémoire peut partir. On peut avoir la voix qui tremble. Autant de symptômes qui font que l'être exprime qu'il a peur, qu'il est angoissé. Et comme le dit le docteur Charmoille : l'angoisse, on a l'impression que c'est un monstre derrière une porte, et quand on ouvre la porte, on voit qu'il n'y a personne. Je crois qu'il n'y a personne, donc à nous de travailler à ouvrir la porte. »
Adeline Toniutti
professeure de chant
« À nos audaces. »
Dr Jean Charmoille
psychiatre et psychanalyste
Ça vient que de toi, le trac
« Ça vient que de toi, le trac. C'est pas du tout du public. C'est de toi à toi-même. Tu te dis : je vais pas réussir, je vais louper. Et tu ne penses qu'à toi. Donc il faut améliorer la relation avec soi-même, en fait. »
Francis Huster
acteur
On croit que le danger est dehors. Il est dans cette phrase intérieure. Le credo, que l'on s'adresse à n'importe qui dans n'importe quelle situation : accepter son stress pour qu'arrive l'état de grâce.
Marie Zheng, qui a massé tant d'artistes avant qu'ils ne foulent le parquet sous le plafond Chagall de Garnier, le lui a dit : le stress et le trac sont l'antichambre de l'état de grâce. Cette montée nerveuse prépare les glandes surrénales, la décharge hormonale qui va permettre à la scène d'exister. C'est comme un arc qu'on étire avant d'envoyer la flèche. Une fois la flèche tirée, impossible de la rattraper. La scène, c'est ainsi, d'autres appellent ça le lâcher-prise, mais moi je trouve qu'on lâche pour avoir de la prise ailleurs.
Ouvrir les mains
On dévoile souvent par le geste quelque chose qui est bloqué psychiquement et qu'on souhaite cacher. Ses chanteurs plantent des carottes en chantant : crise de contrôle, zéro émotion. L'inconscient trouvera toujours le moyen de se manifester via le reste du corps. C'est très dur de cacher la vérité de soi aux autres. Alors, pour quelqu'un de trop timide, je vais lui faire ouvrir les mains en grand comme s'il voulait embrasser le public. Le geste précède le courage. Le corps envoie le signal, la voix suit. C'est le même travail que pour l'entrée en scène, sous le regard d'un coach, pas tout seul devant un miroir.
« En donnant de réels points d'appui dans le corps, les points pivots de ma méthode, de vraies chorégraphies du mouvement à l'intérieur du corps, des côtes, du diaphragme, des obliques, de la posture, tous ces points d'appui organiques permettent de transformer le geste et de rassurer le psychisme, afin qu'il puisse faire confiance au monde qui l'entoure et s'exprimer. »
Adeline Toniutti
professeure de chant
Comme si la grâce m'avait touchée
Claudine Elbaz a donné cet exercice à Adeline avant sa première poupée des Contes d'Hoffmann. Adeline l'a ensuite appliqué à ses chanteurs en proie à leurs vagues intérieures.
Trouvez un endroit à peu près au calme. Fermez les yeux. Dites-vous : je descends au -1, et vous marquez une pause pour sentir cet étage. Puis -2, le brouhaha s'éloigne. -3, vous êtes à l'intérieur, vous vous sentez lourd, et c'est bien. -4, il fait froid et sombre. -5, vous continuez de marcher. -6, vous entrevoyez la lumière d'un feu. -7, une petite marche plate. Au -8 : ouvrez les yeux et dites la première phrase de ce que vous allez chanter, ou de ce que vous allez dire. Le dernier étage, l'étage le plus profond, le -8 comme l'infini, te donne une voix stable et authentique loin de la nervosité qui semblait opérer. Ce qui opère, c'est toi-même.
Dans la salle
Devant Stéphane et sa guitare, Delphine n'y connaît rien : elle commence tout juste à comprendre le rythme avec le piano, et c'est la première chose qu'elle lui dit en rentrant. Il répond qu'on y va étape par étape. Elle était arrivée sans oser trois notes. Elle chante aujourd'hui a cappella avec lui et Adeline.
Samantha s'occupe des chevaux. Devant le même guitariste, elle se demande qui elle est pour avoir quelqu'un d'aussi talentueux en face d'elle. Le concert, elle l'attend et ça la stresse à la fois : elle choisit ses chansons selon ce qu'elle a besoin de libérer.
Thioro est venue pour Adeline, professionnelle et dans le cœur. Après le travail à la guitare, elle parle d'un espace où l'on arrive déjà rassuré.
Tania est arrivée d'Espagne après avoir perdu un peu sa voix alors qu'elle montait sur scène tous les jours, très stressée. Elle récupère sa tessiture, de la souplesse. Quel chemin parcouru. On a toujours besoin d'un autre, et cet autre nous emmène dans le chemin qu'on pensait pas pouvoir faire.
On se lève musique, on mange musique, on dort musique
C'est une immersion, pour ceux qui débutent et pour ceux qui en font leur métier. On se lève musique, on mange musique, on dort musique. Les professeurs sont extrêmement exigeants. C'est studieux, et ça travaille fort. Il y a la piscine où on les entend crier, le ping-pong, les batailles d'eau, les accents, les imitations, et les mains d'Estelle qui préparent des corps assez souples pour les performances. Liane Foly le dit du temps et de la répétition : ça devient plus fluide et familier. Ici, ce temps se comprime en quelques jours.
Pour ceux qui viennent pour le plaisir, c'est aussi une conquête de soi. On rencontre surtout des êtres humains. Et si l'on pense qu'on n'est pas artiste, ici on le devient un peu. Ça doit sonner, et avec le cœur.
Ses équipes
Adeline choisit ces gens pour le niveau, et pour la manière. Marie-France, sa chef de chant pour la Traviata, à Bastille. Ayano au piano de l'Opéra Comique. Stéphane en tournée. Estelle, qu'elle connaît depuis ses quinze ans, qui prépare les corps.
Ferme les yeux. Moteur. Action.
La timidité se répète, comme une partition, jusqu'à ce que ce soit vous qui transpiriez dans la voix, et plus le stress. Les masterclasses CALYP sont faites pour ça.
Questions fréquentes
Je suis trop timide pour un cours de chant. Est-ce que ça a un sens ?
Oui. Adeline le dit : aider quelqu'un à quitter la timidité pour s'exprimer devant les autres est un grand honneur, autant que préparer une star. On commence par le geste et la répétition, dans un cadre où raconter son histoire en chantant est possible.
Le trac, ça se combat ?
On l'accepte pour qu'arrive l'état de grâce. Francis Huster : le trac vient de toi à toi-même. Adeline, enfant timide, avait le pied qui tremblait pendant les sept premiers pas d'Eurydice. Charmoille : l'angoisse a l'air d'un monstre derrière une porte, et quand on ouvre, il n'y a personne.
Pourquoi une masterclass plutôt que rester seul ?
Parce que la timidité est souvent une protection, d'un monde trop agité ou d'un autre qui n'a pas toujours été fiable. Liane Foly : avec le temps et la répétition, ça devient familier. La masterclass comprime ce temps. On répète dans la même salle que d'autres voix.