Le Moyen Âge musical
HISTOIRE DE LA MUSIQUE
De la monodie grégorienne aux motets isorythmiques de l'Ars nova, puis à l'aube de l'école franco-flamande. Socle historique pour chœurs et culture du chanteur, CALYP.
Source Jean Mislin · Musicologue, organiste et chef de choeurs · professeur d'Adeline Toniutti Dans le cadre des recherches d'Adeline Toniutti
Qu'est-ce que le Moyen Âge musical ?
Le Moyen Âge musical désigne, dans les notes de culture musicale utilisées ici, les répertoires pré-tonaux qui précèdent l'âge d'or de la polyphonie franco-flamande. On y distingue plusieurs strates : « monodie grégorienne ; monodie profane », les « polyphonies des XIIe et XIIIe siècles : organum, clausules, conduits, motets », les « polyphonies du XIVe : motets isorythmiques de l'Ars nova », puis les formes fixes de la musique profane (XIVe-XVe). Ce parcours mène naturellement à la page Renaissance musicale.
Monodie grégorienne et plain-chant
La monodie, au sens du glossaire, est une « mélodie à une voix non accompagnée ». Le plain-chant est identifié au grégorien : chant liturgique monodique de l'Église latine. Sa notation repose sur le neume, « note ou groupe de notes dans la notation grégorienne ». Les techniques associées sont la psalmodie, les tons et modes, l'ornementation et le caractère mélismatique du grégorien.
L'antienne, « dans le répertoire grégorien, [est le] refrain du psaume ou mélodie chantée en divers moments liturgiques » (introit, communion, vêpres). Le motet naît du plain-chant vers 1100 comme composition polyphonique vocale dont les traits évoluent selon les époques. La monodie profane coexiste avec cette tradition sacrée, sans encore l'égalité des voix de la polyphonie savante.
Polyphonies des XIIe et XIIIe siècles
Les notes classent sous ce titre l'organum, les clausules, les conduits et les motets. Du côté des techniques, la polyphonie ancienne passe par l'hétérophonie, la diaphonie et les « premières superpositions savantes » : on superpose des lignes sur le plain-chant ou sur des mélodies construites, plutôt que d'écrire encore le contrepoint imitatif égalitaire de la Renaissance.
Ces genres préparent le terrain du XIVe siècle. Le motet, né du plain-chant, multiplie les textes et les densités ; l'organum et la clausule structurent l'écoute de plusieurs voix simultanées. C'est le premier grand laboratoire de la polyphonie occidentale, encore loin de la messe cyclique de Dufay.
XIVe siècle : Ars nova et isorythmie
Au XIVe siècle, les notes placent les « motets isorythmiques de l'Ars nova » au centre du répertoire savant. L'isorythmie organise la teneur par motifs rythmiques répétés (color et talea dans la tradition d'analyse), et structure les grands motets de circonstance. La polyphonie française de cette période est dominée par Guillaume de Machaut : l'école franco-flamande ultérieure « hérite de la polyphonie française dominée par Machaut ».
Côté profane, les formes fixes (rondeau, ballade, virelai) organisent la chanson. La ballade, « genre le plus raffiné depuis Machaut », disparaît vers 1430-1440 ; le rondeau domine le XVe ; le virelai se réduit à la bergerette. L'ars nova italienne, avec son charme mélodique, contribuera plus tard à adoucir la polyphonie austère des maîtres du Nord.
Fin du Moyen Âge : vers l'école franco-flamande
« À la faveur des troubles qui règnent en France à la fin du Moyen-Age, la culture musicale se déplace dans les régions du Nord de la France [et] en Flandres […] ainsi qu'en terre bourguignonne. » Artistes et musiciens trouvent un accueil à la cour de Bourgogne. Les maîtres formés dans cette effervescence « vont dépasser les limites de l'ARS NOVA et porter la polyphonie et l'art du contrepoint à son apogée ».
L'école franco-flamande (environ 1420-1580) s'ouvre avec Guillaume Dufay (1400-1474), formé à Cambrai. Elle synthétise l'art français de Machaut, l'ars nova italienne et la fameuse « contenance angloise » de John Dunstable (emploi systématique des tierces et des sixtes). Au début du XVe siècle, deux genres dominent encore : le motet isorythmique et la chanson française. Dufay laisse des motets isorythmiques (par exemple Nuper rosarum flores, 1436) tout en fixant le modèle de la messe polyphonique. Voir le détail sur la page Renaissance.
Repères chronologiques
- Monodie grégorienne : plain-chant, psalmodie, tons et modes, neumes, antiennes.
- vers 1100 : naissance du motet à partir du plain-chant.
- XIIe-XIIIe s. : organum, clausules, conduits, motets ; hétérophonie et diaphonie.
- XIVe s. : Ars nova, motets isorythmiques, formes fixes ; dominance de Machaut en France.
- fin du Moyen Âge / début XVe : déplacement vers le Nord, Flandres et Bourgogne ; Dufay ouvre l'école franco-flamande (v. 1420).
- 1436 : Nuper rosarum flores de Dufay (motet isorythmique pour le dôme de Florence).
Questions fréquentes sur le Moyen Âge musical
Quels répertoires pour le Moyen Âge en musique ?
Les notes distinguent monodie grégorienne et profane ; polyphonies des XIIe-XIIIe (organum, clausules, conduits, motets) ; polyphonies du XIVe (motets isorythmiques de l'Ars nova) ; formes fixes profanes ; puis, au XVe, l'essor franco-flamand.
Qu'est-ce que le plain-chant ou le grégorien ?
Le plain-chant est le grégorien : monodie liturgique non accompagnée, notée en neumes, structurée par psalmodie, tons et modes. L'antienne en est un refrain ou une mélodie pour divers moments du culte.
Qu'est-ce que l'Ars nova ?
Courant du XIVe siècle dont les motets isorythmiques illustrent la polyphonie savante. En France, Machaut domine ; l'ars nova italienne influencera ensuite les maîtres du Nord par son charme mélodique.
Comment passe-t-on du Moyen Âge à la Renaissance musicale ?
Les troubles de fin de Moyen Âge déplacent la culture vers le Nord et la Bourgogne. Les maîtres dépassent l'Ars nova ; Dufay (1400-1474) ouvre l'école franco-flamande, héritière de Machaut, de l'Italie et de la contenance angloise.
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Sources et citations
Repères et citations pour approfondir le sujet.
- Jean Mislin : musicologue, organiste et chef de choeurs, professeur d'Adeline Toniutti. Notes utilisées dans le cadre des recherches d'Adeline Toniutti.
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