Camille Saint-Saëns

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

Virtuose, compositeur et défenseur de la musique française : clarté, mesure et forme pour la culture vocale CALYP.

Source Jean Mislin · Musicologue, organiste et chef de choeurs · professeur d'Adeline Toniutti Dans le cadre des recherches d'Adeline Toniutti

Biographie de Saint-Saëns

Camille Saint-Saëns (1835-1921) est une figure centrale de la musique française de la seconde moitié du XIXe siècle : pianiste et organiste virtuose, compositeur de concertos, de poèmes symphoniques, de la Symphonie n° 3 avec orgue et de Samson et Dalila, cofondateur de la Société nationale de musique (Ars gallica, 1871). Dans le parcours d'histoire de la musique, sa clarté de forme et ses 119 mélodies nourrissent la culture vocale francophone.

Jeunesse, précocité et formation

Fils d'un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, orphelin de père à deux mois, Saint-Saëns est élevé par sa mère et sa grand-tante. Instruction à la maison, mémoire infaillible, passion pour la littérature, la science et la musique : sa précocité est souvent comparée à celle de Mozart. Élève de Stamaty (piano) et de Maleden (théorie), il donne son premier concert à la salle Pleyel à onze ans déjà virtuose du clavier. En 1848 il entre au Conservatoire auprès de Reber, d'Halévy et de Gounod.

Organiste de Saint-Merry (1853) puis de la Madeleine (1857), il succède à Niedermeyer comme professeur de piano de 1861 à 1865 : Fauré et Messager comptent parmi ses élèves. Pianiste et organiste infatigable, voyageur du monde entier, il multiplie aussi publications poétiques, philosophiques, scientifiques et musicales.

Société nationale, carrière et rayonnement

En 1871, avec Bussine, Castillon, Franck et Fauré, il fonde la Société nationale de musique, devise Ars gallica, pour promouvoir la musique française. Il en est un moteur au début, avant des dissensions en 1886 autour de l'ouverture au répertoire étranger. À trente-six ans, il est déjà chef de file de l'école française d'instrumental, allant contre la tendance lyrique dominante. Ami et disciple de Liszt, il soutient d'abord Wagner, Liszt et Schumann.

Ce parcours relie tribune d'orgue, salon, concerto et scène. Il éclaire aussi le cadre dans lequel s'épanouit sa musique : plus proche de la clarté classique et du poème symphonique lisztien que du grand romantisme excessif allemand.

Style : novateur et conservateur

Saint-Saëns est à la fois un novateur et un conservateur. Allant contre la mode de son époque, il fut l'un des rares en France à se consacrer pleinement à la musique instrumentale et à lui donner ses lettres de noblesse. Formé à l'école des grands classiques (Rameau, Mozart), sa musique se pare de clarté, de mesure et d'élégance : la forme reste son souci premier. On l'a souvent appelé le Mendelssohn français ; il représente bien le courant poétique du Parnasse (Hérédia, Leconte de Lisle).

Lucien Rebatet parle de « froid bavardage » et le décrit en Parnassien soucieux d'une forme parfois empruntée, tenté par des motifs dispersés (Antiquité, Bible, Espagne…). Sa musique est celle d'un romantique qui se contrôle et évite les excès, quitte à sacrifier à une virtuosité un peu superficielle. L'attitude conservatrice de sa fin de vie ne doit pas faire oublier tout ce qu'il a apporté à la musique française. Arthur Honegger rappellera plus tard : derrière Ravel, on discerne Saint-Saëns.

« C'est un Parnassien. Il a comme les poètes du Parnasse le souci de la forme - mais d'une forme empruntée - la tendance anti-lyrique à choisir pour son art, dans le temps et l'espace, des motifs trop disséminés, Antiquité, Bible, Barbares, Moyen-Age, Renaissance, Chine, Espagne, pour ne pas être traités par le dehors et en anecdotes. » - Lucien Rebatet

Œuvres : Carnaval, orgue, Samson et mélodies

Côté orchestre : Le Carnaval des animaux (1886), trois symphonies publiées (1853, 1859, 1885-86), dont la dernière en ut mineur « avec orgue », écrite à la mémoire de Franz Liszt ; quatre poèmes symphoniques proches de Liszt par l'équilibre et la concision : Le Rouet d'Omphale (1871), Phaéton (1873), Danse macabre (1874), La Jeunesse d'Hercule (1877). Cinq concertos pour piano, trois pour violon, deux pour violoncelle. Chambre : trios, quatuors à cordes, quintette, septuor avec trompette.

Côté voix : 119 mélodies pour chant et piano ; sur scène, Samson et Dalila (1877), pilier de l'opéra français du XIXe. Pour le chanteur, la ligne claire, la prosodie française et le dialogue piano-voix des mélodies rejoignent la mélodie française et préparent l'écoute de Fauré, son élève et ami.

Repères chronologiques et œuvres clés

  • 1835 : naissance ; orphelin de père à deux mois ; formation à la maison.
  • 1846-1848 : premier concert Pleyel (11 ans) ; entrée au Conservatoire.
  • 1853-1857 : organiste de Saint-Merry puis de la Madeleine ; première symphonie.
  • 1861-1865 : professeur à l'école Niedermeyer (élèves : Fauré, Messager).
  • 1871 : fondation de la Société nationale de musique (Ars gallica) ; Rouet d'Omphale.
  • 1873-1877 : Phaéton, Danse macabre, Jeunesse d'Hercule ; Samson et Dalila (1877).
  • 1885-1886 : Symphonie n° 3 avec orgue ; Carnaval des animaux.
  • 1921 : mort.

Piano : pièces nombreuses. Concertos pour piano : n° 1 en ré (1858), n° 2 en sol mineur, n° 3 en mi bémol (1875), n° 4 en ut mineur (1877), n° 5 en fa (1895).

FAQ sur Camille Saint-Saëns

Quand est né et mort Saint-Saëns ?

Saint-Saëns est né en 1835 et mort en 1921.

Quelle est sa symphonie la plus célèbre ?

La Symphonie n° 3 en ut mineur « avec orgue » (1885-86), dédiée à la mémoire de Liszt, avec intervention d'un grand orgue.

Qu'est-ce que Le Carnaval des animaux ?

Une œuvre pour ensemble de 1886, célèbre pour ses tableaux instrumentaux (dont Le Cygne), longtemps tenue en réserve par le compositeur.

Quel est son grand opéra ?

Samson et Dalila (1877), pilier de l'opéra français du XIXe siècle, avec l'air « Mon cœur s'ouvre à ta voix ».

Pourquoi Saint-Saëns compte-t-il pour les chanteurs ?

Parce que ses mélodies, sa prosodie française et sa clarté de ligne exigent diction, mesure et nuance, piliers de la culture vocale francophone.

Sources et citations

Repères et citations pour approfondir le sujet.

  • Jean Mislin : musicologue, organiste et chef de choeurs, professeur d'Adeline Toniutti. Notes utilisées dans le cadre des recherches d'Adeline Toniutti.
  • Lucien Rebatet : « froid bavardage »
  • Lucien Rebatet : « C'est un Parnassien. Il a comme les poètes du Parnasse le souci de la forme - mais d'une forme empruntée - la tendance anti-lyrique à choisir pour son art, dans le temps et l'espace, des motifs trop disséminés, Antiquité, Bible, Barbares, Moyen-Age, Renaissance, Chine, Espagne, pour ne pas être traités par le dehors et en anecdotes. »
  • Arthur Honegger (Je suis compositeur) : « …l'on discerne rapidement derrière les plus grands novateurs, les maîtres qui les ont inspirés : Wagner derrière Schoenberg, Rimsky derrière Stravinsky, Saint-Saëns derrière Ravel, etc… »

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