La forme sonate : plan, évolution classique et romantisme

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

Comprendre la dramaturgie d'exposition-développement-réexposition aide le chanteur à structurer airs et scènes d'opéra, du classicisme à Franck.

Source Jean Mislin · Musicologue, organiste et chef de choeurs · professeur d'Adeline Toniutti Dans le cadre des recherches d'Adeline Toniutti

Qu'est-ce que la forme sonate ?

La forme sonate (ou forme-sonate) est le plan d'un mouvement instrumental en trois temps : exposition (thème A au ton principal, pont modulant, thème B à la dominante ou au relatif, coda), développement (modulations sur les motifs caractéristiques) et réexposition (thèmes A et B au ton principal). Fixée vers 1750 dans la sonate classique, elle structure aussi la symphonie, le concerto et le quatuor. Pour le chanteur, c'est un modèle de discours : présenter, transformer, conclure.

La sonate classique : genre et plan des mouvements

La sonate est un genre instrumental en plusieurs mouvements pour un seul instrument ou un petit groupe : musique de chambre. À l'époque classique, elle compte trois ou quatre mouvements : Allegro ; Andante ou Adagio ; Menuet (facultatif) ; Allegro final. Vers le milieu du XVIIIe siècle, les compositeurs donnent au motif modulant une valeur de second thème égal au premier. C'est vers 1750 qu'apparaît la sonate à deux thèmes dans le premier mouvement. C.P.E. Bach y contribue fortement, sans en être l'unique artisan. Le passage de la sonate monothématique à la sonate bithématique n'est pas brutal : les deux types coexistent longtemps.

Ce plan de forme-sonate du premier mouvement s'applique à toute la musique instrumentale du classicisme. Le mouvement lent peut être en forme-lied (A B A'), thème et variations ou forme-sonate. Le menuet, survivance de la suite, garde Menuet-Trio-Menuet. Le finale adopte le rondo, la forme-sonate ou le rondo-sonate.

Exposition, développement, réexposition : le détail du plan

Exposition : thème A dans le ton principal ; pont modulant vers la dominante (ou le relatif en mineur) ; thème B dans ce ton secondaire ; coda. Encadrée par des barres de reprise, l'exposition est souvent répétée. Développement : succession de modulations sur les éléments les plus caractéristiques des thèmes ; l'écriture reste libre. Réexposition : thème A au ton principal ; pont empruntant un chemin différent pour rester ou revenir au ton principal ; thème B également au ton principal ; coda.

En pratique, le plan scolaire se trouve rarement intact. Le pont peut contraster avec un élément propre (sonate en la majeur de Mozart), commencer comme le thème A avant de moduler (sonate en ut mineur KV 457), combiner les deux, ou manquer totalement. En réexposition, le thème A peut exceptionnellement paraître dans un autre ton ; un thème abondamment exploité au développement peut ne pas être réexposé. La Sonate en ut mineur KV 457 de Mozart illustre un développement sur l'arpège du thème A et une réexposition où thèmes B reviennent au ton principal.

Beethoven : modifications de forme et d'esprit

Lorsque Beethoven entre dans l'histoire de la sonate, la forme est déjà fixée par les héritiers de Bach (notamment C.P.E. Bach) et portée à son plus haut point par Haydn et Mozart. Beethoven en change le nombre de mouvements (7 sonates à deux, 15 à trois, 10 à quatre), l'ordre (la Sonate n° 14 Clair de lune commence par un Adagio sostenuto), et l'Allegro initial : introduction lente (Pathétique n° 8), barres de reprise parfois supprimées (Appassionata n° 23), développement terminal en réexposition. À partir de 1802, le menuet est supprimé ou remplacé par un scherzo plus rapide. Le développement peut employer le fugato.

L'esprit change autant que la forme. Avant Beethoven, la sonate est souvent un noble jouet de salon ; avec lui, elle devient poème passionné, héroïque, joyeux ou tragique. Le thème A est plus rythmique, le B plus mélodique ; plusieurs idées (B1, B2, B3) peuplent parfois le ton de la dominante ; le pont prend des proportions nouvelles. Les enchaînements tonals se libèrent (Appassionata : fa puis ré bémol). Pour le chanteur, c'est le passage d'un discours élégant à un caractère dramatique à doser.

Au XIXe siècle : genres libres et sonate cyclique

Après Schubert, la sonate perd sa place prépondérante au profit de formes plus libres et plus courtes : nocturnes, fantaisies, intermezzi, études, ballades. Elle continue d'inspirer Schubert (22 sonates pour piano), Chopin (3), Schumann (3 pour piano, 2 pour violon et piano), Liszt (Sonate en si), Brahms (3 pour piano, 3 pour violon et piano) et Franck.

Peu à peu s'impose la construction cyclique : thèmes spéciaux reparaissant, transformés, dans chaque mouvement. Vincent d'Indy précise qu'un simple rappel ne suffit pas : le thème doit être transformé dans le rythme, la mélodie ou l'harmonie. César Franck parachève le type. Sa Sonate pour violon et piano en la majeur (1886, idée dès 1858, dédiée à Eugène Ysaÿe, créée à Bruxelles en 1886 puis à Paris en 1887) est le modèle pur de l'emploi cyclique. Quatre mouvements, inversion des deux premiers : forme-sonate à deux thèmes sans développement (1er), allegro de forme-sonate à thèmes contrastés (2e), fantaisie improvisée à la place du scherzo (3e), final proche d'un rondeau français avec refrain en canon strict entre piano et violon. Influence sur Fauré, Saint-Saëns, Lekeu, Dukas, d'Indy.

Repères chronologiques et œuvres clés

  • vers 1750 : sonate bithématique ; apports de C.P.E. Bach ; coexistence monothématique / bithématique.
  • Haydn et Mozart : perfection de la forme classique ; Mozart KV 457 (ut mineur) comme exemple d'exposition, développement et réexposition.
  • Beethoven : Pathétique (n° 8), Clair de lune (n° 14), Appassionata (n° 23) ; scherzo dès 1802.
  • XIXe siècle : Schubert, Chopin, Schumann, Liszt, Brahms ; genres libres en parallèle.
  • 1886 : Sonate pour violon et piano en la de César Franck, modèle cyclique.

« les pièces de résistance (allegro) ont la structure interne dite forme-sonate, laquelle met en oeuvre deux thèmes qui sont successivement exposés, développés et réexposés. » - Claude Rostand

« Ce n'est plus un divertissement, mais un poème passionné, héroïque, brusque, joyeux ou tragique que lui dicte sa nature. » - Claude Rostand

Questions fréquentes sur la forme sonate

Quelle est la différence entre sonate et forme sonate ?

La sonate est un genre (œuvre en plusieurs mouvements) ; la forme sonate est le plan interne d'un mouvement (exposition, développement, réexposition), souvent le premier.

Où trouve-t-on la forme sonate hors de la sonate ?

Dans le premier mouvement de la symphonie, du concerto, du quatuor à cordes, et parfois dans des mouvements lents ou des finales en rondo-sonate.

Qui a inventé la forme sonate ?

Elle se fixe progressivement vers 1750 ; C.P.E. Bach y contribue beaucoup, puis Haydn et Mozart la portent à sa perfection classique avant Beethoven.

Qu'est-ce qu'une sonate cyclique ?

Une sonate dont des thèmes reparaissent transformés dans plusieurs mouvements ; le modèle de référence est la Sonate pour violon et piano de César Franck (1886).

En quoi cela aide-t-il le chanteur ?

Le plan exposition-développement-réexposition offre un modèle de discours musical pour structurer phrase, tension et résolution dans l'aria et le récital.

Sources et citations

Repères et citations pour approfondir le sujet.

  • Jean Mislin : musicologue, organiste et chef de choeurs, professeur d'Adeline Toniutti. Notes utilisées dans le cadre des recherches d'Adeline Toniutti.
  • Claude Rostand, Histoire de la musique (Pléiade) : « les pièces de résistance (allegro) ont la structure interne dite forme-sonate, laquelle met en oeuvre deux thèmes qui sont successivement exposés, développés et réexposés. »
  • Claude Rostand, Histoire de la musique (Pléiade) : « Ce n'est plus un divertissement, mais un poème passionné, héroïque, brusque, joyeux ou tragique que lui dicte sa nature. »

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